Activités 2015 - Comité Rochefort-Fouras

Monsieur Claude BIGNON est fait "Commandeur "
 

Grand moment d'émotion au cercle des armées de Rochefort, ce samedi 27 juin ! Le général de corps d'armée Denis Macagno remettait en effet la cravate de commandeur de la Légion d'honneur à Claude Bignon, personnalité locale de la résistance et de la déportation et membre très estimé de notre comité.

Parmi les nombreuses autorités, on remarquait notamment la présence de Suzanne Tallard et de Didier Quentin, députés de Charente-Maritime, du préfet Bernard Grasset, ancien maire de Rochefort et président de la fédération de la résistance de Charente-Maritime, du colonel Hervé Flamant commandant l'école de gendarmerie de Rochefort et de l'ambassadeur Francis Lott, président de la SMLH17.

Mais entouraient aussi M. Bignon ses amis et sa famille presque au complet. Deux de ses arrière-petits-enfants, contenant avec peine leur fierté et leur émoi, Nathan et Clara, furent étroitement associés à la remise de la décoration, en portant le coussin sur laquelle elle était présentée.

Le général Macagno a rappelé les faits de résistance de Claude Bignon et sa longue et douloureuse déportation, principalement au camp de Dora, mais aussi sa participation au devoir de mémoire au travers de toutes les conférences qu'il a faites et fait encore maintenant en particulier dans les écoles. Dans les quelques mots qu'il a pu prononcer, tant son émotion était forte, Claude Bignon, rescapé du kommando Bühnemann (ils étaient 384 au départ ; seulement 6 ont survécu), plutôt que de s'attarder sur les tortures et souffrances subies, a fait le choix d'évoquer le souvenir de deux ingénieurs allemands sous les ordres desquels il a travaillé, notamment de l'ingénieur Schrott. Lorsque ce dernier lui a demandé de se présenter, son réflexe initial fut de donner son numéro matricule et ce n'est que sur son insistance qu'il a finalement communiqué son nom. "Bon, pour moi, tu seras Claude". M. Schrott lui apportait, au risque de sa propre liberté voire de sa vie, de la nourriture. Bien plus tard, il lui a révélé la raison de son attitude : "pendant la guerre de 14-18, j'ai été fait prisonnier et dans la  ferme française où je travaillais, on ne m'a jamais considéré comme un ennemi mais comme un homme. Je paye ma dette maintenant".

Quelques lueurs d'humanité dans un tunnel désespérément noir !

Merci à M. et Mme BIETH pour les photos

 

en bas de page, Éloge du GCA(2S) Denis MACAGNO

et Allocution de Monsieur Claude BIGNON

Eloge de Monsieur Bignon Claude lors de la cérémonie de remise de son
insigne de commandeur dans l'ordre national de la Légion d'honneur,
à Rochefort le samedi 27 juin 2015.

Par décret du Président de la République en date du 10 avril 2015 M. Bignon Claude est promu au grade de commandeur dans l'ordre national de la Légion d'honneur.
Vous êtes nombreux aujourd'hui, famille, amis, proches et autorités, auprès de lui, répondant ainsi à son invitation, pour assister à la remise de l'insigne de son nouveau grade. Je sais qu'il est très sensible à votre présence.
Avant de procéder à cette remise d'insigne je vais rendre hommage au décoré en rappelant son parcours, ses valeurs et ses engagements, ainsi que les mérites éminents pour lesquels il est distingué.
M. Bignon votre vie publique est exemplaire et digne d'éloges. Malgré votre modestie vous pouvez légitimement en être fier et votre famille peut être fière de vous.
Natif de la Seine-et-Marne cinq ans après la fin de la Grande guerre, que l'on espérait alors être la der des ders, vous allez avant même l'âge de 17 ans être directement et cruellement touché par la deuxième guerre mondiale. Après avoir servi dans la Marine nationale d'avril 1940 à fin novembre 1942 vous êtes démobilisé. Peu après, à l'âge de 19 ans, vous entrez dans la résistance, alors que vous travaillez dans une entreprise de serrurerie, à Paris. La France est alors entièrement occupée par les forces de l'Allemagne nazie. Votre engagement est un choix particulièrement courageux à un moment où l'éventualité d'une défaite de l'Allemagne n'était pas encore véritablement envisagée. Vous fournissez des renseignements sur les occupants au profit d'un réseau de résistance, le Service de Renseignement du Réseau des Volontaires. Mais, le 20 juillet 1943, vous êtes arrêté par la Gestapo à Morcenx (Landes). C'est le début d'un terrible calvaire de près de deux années. En juillet et août 1943, vous êtes interné au fort du Hâ à Bordeaux où vous subissez de nombreux interrogatoires sous la torture. En septembre 1943, vous êtes transféré et interné au Frontstalag 122, à Compiègne. En octobre 1943, vous êtes déporté en Allemagne, d'abord au camp de Buchenwald. Puis de novembre 1943 à avril 1945, vous êtes au camp de Dora, où vous travaillez et réussissez à survivre dans des conditions particulièrement inhumaines qui altèrent votre santé de façon irréversible. Vous subissez de nombreux sévices corporels et psychologiques dont vous souffrez encore actuellement. Lorsque les nazis décident, en raison de l'avancée des troupes alliées en territoire allemand, l'évacuation du camp vous êtes contraint d'effectuer "la marche de la mort", avec notamment une étape d'une semaine dans le camp de Ravensbrück. Enfin, le 7 mai 1945, après de nombreuses péripéties, vous êtes libéré par les troupes alliées. Vous avez la grande tristesse d'apprendre le décès de votre frère qui était interné dans le même camp que vous. Vous pesez alors 45 kg et êtes déclaré Grand Invalide de Guerre (100%).
Il apparaît déjà clairement que, dès l'âge de 19 ans, vous avez manifesté, au péril de votre vie, de grandes valeurs de courage et de défense des libertés en vous engageant spontanément dans une action de résistance au sein d'un réseau structuré. C'est pourquoi, en 1958,  vous êtes nommés chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur puis promu au grade d'officier en 1959. Vous étiez déjà titulaire de :
la Croix de guerre 1939-1945 avec palme (citation à l'ordre de l'armée) en date du 26 avril 1958,
la Médaille des combattants volontaires de la résistance en date du 26 février 1953,
la Médaille des anciens combattants en date du 5 mars1953
la Médaille des déportés résistants
la Médaille des Français libres
Dès 1945, après avoir recouvré vos forces, vous exercez comme activité professionnelle des fonctions commerciales au sein d'une entreprise jusqu'en 1978, année à partir de laquelle vous bénéficiez d'une retraite bien méritée. Celle-ci ne met cependant pas fin à votre engagement au sein du monde associatif.
En outre, parmi les mérites éminents qui ont conduit à votre promotion maintenant au grade de commandeur votre engagement fort et favorablement remarqué au profit du devoir de mémoire a été déterminant.
En effet, depuis plus de quinze années, vous menez une importante action de témoignage dans de nombreux établissements scolaires initialement en région parisienne puis en Charente-Maritime depuis votre installation dans ce département. Vous intervenez aussi dans les écoles militaires de formation initiale (Ecole de Formation des Sous-Officiers de l'Armée de l'Air, Ecole d'Enseignement Technique de l'Armée de l'Air) ainsi qu'à l'école de gendarmerie de Rochefort.
C'est ainsi que depuis l'année 2006, vous êtes intervenu plus d'une vingtaine de fois dans les établissements scolaires de l’Education Nationale et de la Défense Nationale, évidemment toujours à vos frais et à titre bénévole. De nombreux témoignages montrent l'importance de l'impact de ces interventions sur les jeunes générations. Incontestablement, vous participez activement au devoir de mémoire et adressez aussi un message d'espoir dans un esprit d'ouverture sur l'Europe.
Sans rechercher les honneurs, avec talent et discrétion, voire modestie, vous continuez d'apporter votre témoignage, pour que les jeunes générations prennent connaissance et surtout n'oublient pas cette page douloureuse de notre histoire.

Malgré vos bientôt 92 ans, votre fatigue, les séquelles de vos blessures et les souffrances permanentes qu'elles vous occasionnent, vous, grand invalide de guerre, donnez un magistral exemple de courage, d'abnégation et de sens du devoir qui force le respect et l'admiration de toutes les générations.

Rochefort le 27 juin 2015, Allocution de Monsieur Claude BIGNON à l’occasion de sa remise d’insigne
De Commandeur dans l’ordre de la Légion d’Honneur

A tous qui êtes venus si nombreux et qui avez répondu à mon invitation merci mille fois.
Mais avant tout je veux remercier du fond du cœur le général MACAGNO d'avoir accepté, malgré un emploi du temps très chargé, de me remettre, ce jour, les insignes de commandeur. Cette journée qui restera gravé dans ma mémoire comme celle où le général MORLIERE, gouverneur militaire de Paris m'a fait chevalier dans l'ordre en juin 1958 à l’hôtel des Invalides ainsi que celle où l'amiral de la flotte NOMY m'a fait officier en juin 1959 aussi à l’hôtel des Invalides. Ici c'est plus intime mais le cœur y est pour beaucoup. Bien entendu mes remerciements chaleureux vont aussi au colonel OSSANT qui a fait courriers et démarches auprès de la chancellerie ainsi que le général POUPEAU, merci infiniment à tous deux.
Mais si vous le permettez ma pensée affectueuse ira à mon épouse, Ginette, qui ne peut se déplacer maintenant. Elle fait partie de moi depuis le 1er septembre 1939, date ou je l'ai rencontrée. Elle avait 15 ans et moi 16 ! En avril 1940 je me suis engagé dans la Marine, puis la flotte s'étant sabordée en novembre 1942, en février 1943 je me suis engagé dans les armées de la France combattante, avant d'être arrêté par la Gestapo puis déporté. Je n'ai été libéré qu'en 1945 par les armées soviétiques et les alliés par la suite.
Le plus grand des hasards m'a fait retrouver en juillet 1945 la jeune fille que j'avais rencontré 5 ans plus tôt. Nous nous sommes mariés en juillet 1946 et notre vie amoureuse se poursuit encore maintenant. Nous avons eu 3 enfants qui par la suite sont devenus 6 qui ensemble nous ont donné petits-enfants et arrière-petits-enfants qui sont tous là je crois et que j'embrasse très fort.
Mais avant de conclure mon propos je voudrai vous faire partager un souvenir qui date des années 43- 45. Cette pensée est pour deux hommes, deux allemands à qui je dois en partie d'être ici et le colonel OS-SANT qui me connaît bien sait de qui je veux parler.
Le premier est l'ingénieur SEIFERT avec lequel nos premiers rapports ont été très tendus, lui en tant qu'ingénieur et moi avec mon costume rayé, mon matricule et mon triangle rouge de terroriste. Quand nous nous sommes quittés nous parlions ensemble de nos familles et il m'a aidé à retrouver mon frère qui était à Dora avec moi.
Mais surtout de l'ingénieur SCHROTT qui me dit le jour de ma présentation « quel est ton nom ?- mais Monsieur l'ingénieur ! Quel est ton nom ? Claude, Claude BIGNON . . . Bon pour moi tu seras Claude et Monsieur SCHROTT pour toi » Je peux dire sans exagérer que pendant près d'un an cet homme a risqué sa liberté si ce n'est pire en m'apportant des sandwiches et de la nourriture. Plus, tard je lui ai demandé « pourquoi faites-vous ça pour moi ? » il m'a répondu « pendant la guerre de 14-18 j'ai été fait prisonnier et dans la ferme française ou je travaillais on ne m'a jamais considéré comme un ennemi mais comme un homme. Je paye ma dette maintenant ».

Merci au lieutenant-colonel JAUNAY qui m'a beaucoup aidé pour ce texte et qui est un prof très patient.

Merci à tous encore mille fois.

 
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