2016 - Éloge Funèbre - Comité Rochefort-Fouras

Monsieur Claude-Jean LESAGE

 

Rochefort-sur-Mer, le 3 novembre 2016

Nombreux, sommes-nous ici dans cette église Notre-Dame pour accompagner aujourd'hui Claude-Jean Lesage dans cette ultime étape. A ceci rien d'étonnant au regard de ses multiples engagements pour la patrie et dans la vie de la cité !

C'est pour beaucoup d'entre nous qui le croisions encore il y a quelques mois dans les rues de Rochefort un sentiment de stupeur qui nous anime, car rien ne pouvait annoncer une fin aussi rapide, ce jeudi 27 octobre, tant il était toujours dynamique et plein de projets.

Claude-Jean Lesage est né le 1er août 1934 dans la gare de Saint-Georges-d'Oléron, chez sa grand-mère Paulina qui occupait alors précisément la fonction de chef de gare. Il est très rapidement devenu orphelin de mère, alors qu'il n'avait que cinq ans et puis, à onze ans, de père. Ce sont donc ses grands-parents qui l'ont élevé avec son frère Serge, dans leur ferme de Fléac-sur-Seugne, au lieu-dit le font Robin. Il aidait aux travaux agricoles et, après la traite des vaches, se rendait à l'école. Puis, après le certificat d'études, il a été apprenti-boucher. L'expérience fut écourtée, car les jours d'abattage qui se pratiquait à l'époque dans la boucherie-même, lui étaient pénibles. Et, un jour, il lui fallut chercher à pied dans une ferme à cinq ou six kilomètres de là une vache sous une pluie battante. Le souffle chaud, très perceptible de la pauvre bête et la conscience partagée de leur réel inconfort lui furent fatals. Le lendemain, il démissionnait.

Employé par la suite dans une entreprise de Pons, spécialisée dans les lignes électriques, il fut victime d'un grave accident du travail, ce qui l'invita à une profonde réflexion sur son avenir professionnel. C'est ainsi que sur les recommandations de son oncle Élie, gendarme, il postula pour une carrière militaire, en s'engageant dans l'armée de l'air. Au centre d'incorporation d'Aulnat, où il dut se rendre le 8 novembre 1952, on le déclara cependant inapte à servir comme personnel navigant, après constatation des stigmates de ses blessures. Il rejoignit alors la BA 721 de Rochefort, sur le site de l'actuelle école de gendarmerie, comme apprenti-mécanicien.

Puis, ce furent les affectations au gré des exigences géopolitiques de l'époque :
- Algérie, à Oran, base de la Sénia, à l'EAA 615;
- Indochine, pour laquelle il s'était porté volontaire. Il fut muté successivement à Haïphong, au groupe de chasse 2/22 Languedoc, puis détaché au groupe de chasse 1/22 Saintonge, ce qui pour un saintongeais lui apparut comme un gracieux signe du ciel. Cela impliquait des déplacements réguliers notamment entre Haïphong, Xieng Khouang, Hanoï et Diên Biên Phu. C'est à cette occasion qu'il fut cité à l'ordre de l'escadre aérienne, en tant que sous-officier mécanicien armement, dans les termes suivants :

" A toujours été volontaire pour les missions de bombardement sur Diên Biên Phu. Totalise en Indochine 4 missions de guerre n°2 en 14 heures 55 de vol".

Cette citation comportait l'attribution de la Croix de guerre des théâtres d'opérations extérieures avec étoile de bronze. A Diên Biên Phu, il participa à l'une des dernières évacuations sanitaires d'un Dakota, qui "reçut quelques impacts déchiquetant l'extrémité d'une aile". Ce fut l'un des tout derniers à décoller.

Après quelques missions à Doson, Nha Trang, Biên-Hòa, Cap Saint-Jacques, il repartit pour la France, le 13 mars 1956, pour une affectation au Centre d'Expérimentations Aériennes Militaires de Mont-de-Marsan. Puis, le 7 janvier 1958, retour en Algérie. Il fut affecté à la 20ème escadre de chasse successivement basée à Oran, puis à Boufarik. Une mutation au Commissariat des Bases de l'Air (CBA 764) à Alger conclut son séjour algérien, le 14 juillet 1962. La nouvelle destination qui lui était réservée, fut l'Allemagne, à la base aérienne de Fribourg. S'ensuivit un court séjour à la BA 206 de Bordeaux, puis il revint à Rochefort au Commissariat des Bases de l'Air 776. Rochefort, là où il avait débuté sa carrière militaire et là où il y mit un terme après 18 ans de service, le 1er février 1971.

Après cette longue séquence militaire, il se lança dans le commerce d'abord comme VRP, puis comme directeur commercial d'une société parisienne de papeterie, avant d'ouvrir lui-même une papeterie de détail à Rochefort en 1973. Il monta par la suite une société de papeterie en gros en 1989, mais un incendie d'origine criminelle, survenu le 6 mars 1991, détruisit son entreprise et ce fut le début d'une longue et éprouvante saga judiciaire qu'il décrit avec beaucoup d'amertume dans un livre publié tout récemment.

Parallèlement, il s'investit avec passion dans la vie de la cité. Il a ainsi été président de l'Union des Commerçants de Rochefort, de 1982 à 1989, président du Rotary Club en 1997-1998, conseiller municipal de 1995 à 2001.

Cet altruisme naturel et ce souci du devoir de mémoire qui lui sont propres se sont manifestés au travers des nombreuses fonctions exercées dans les associations patriotiques ou d'anciens militaires. Pour n'en citer que quelques unes, il a été ainsi président, dès 2001 de l'ASORBAR (l'association des sous-officiers retraités de la BA 721), et, depuis 2011, de l'association départementale des anciens d'Indochine. Mais il fut également président de la 31ème section des médaillés militaires de Rochefort, de 2002 à 2005.

La Légion d'honneur lui fut remise par le général Dudret, commandant l'école des sous-officiers de l'armée de l'air, sur le front des troupes à Rochefort à l'occasion des cérémonies du 14 juillet 2004. Il a été pendant de nombreuses années membre du bureau du comité de Rochefort-Fouras de la SMLH. Son intérêt pour les activités de la Légion d'honneur se sont notamment traduites, dans le cadre du dispositif Avenir Ensemble de la Grande Chancellerie, par le parrainage, en lien avec le proviseur du lycée Merleau-Ponty, de jeunes dans la poursuite de leurs études et la réalisation de leur avenir professionnel.

Outre la Légion d'honneur et la Croix de guerre, lui ont été attribuées de nombreuses autres décorations dont la médaille militaire, la Croix du combattant volontaire avec barrettes Indochine et Afrique du Nord. Il était également titulaire du titre de reconnaissance de la nation avec agrafes Indochine et Algérie.

Claude-Jean, profondément attaché à sa famille, était très reconnaissant à l'égard des ses grands-parents qui l'ont élevé, notamment sa grand-mère Paulina, avec laquelle il partageait une réelle complicité. C'est d'ailleurs en sa mémoire que son dernier fils a été appelé Robin, en référence au lieu-dit de la ferme de ses grands-parents de Fléac. Lui et son épouse, Anne-Marie, qui l'a suivi partout depuis l'Algérie, dans des circonstances parfois difficiles voire périlleuses, étaient très soudés. Il était très fier de ses enfants, Marie-Christine, professeur à l'université de Vannes, Jean-Christophe, maître de ballet et professeur à l'opéra de Vienne et Robin, chargé de production à Canal plus. Ses cinq petits-enfants, Julia, Maxime, Léo, Baladine, Rafaël le comblaient également de joie. Il avait aussi le goût de l'écriture et dans un livre paru en 2012, "Un billet Aller-Simple", qui n'est autre qu'une autobiographie, il donne libre cours à sa passion de la Charente-Maritime dont on distingue trois capitales d'une particulière affection, Saint-Georges-D’oléron... et sa grande banlieue, Fléac et Rochefort. On y découvre aussi un regard amusé sur la vie, un optimisme à toute épreuve et Dieu sait combien elles furent parfois rudes !

Cher ami légionnaire, je voudrais revenir sur le titre de votre livre. "Je n'ai pris qu'un billet Aller-Simple" : ce furent en fait les derniers mots prononcés par votre mère lorsqu'elle partit pour le sanatorium de Boscammant. Ce n'est que bien plus tard que vous en avez compris le sens exact.

Je voudrais vous dire aujourd'hui que ce n'est pas tout à fait un billet Aller-Simple que vous avez pris, ce qui pourrait suggérer l'inéluctabilité de l'oubli. En effet comment peut-on être définitivement parti lorsque l'on demeure par ailleurs si présent. Votre famille, vos véritables amis et plus généralement tous ceux que vous avez aidés, tous ceux pour lesquels vous avez donné de votre temps et de votre énergie, tous ceux pour lesquels vous vous êtes dévoués avec la passion qui vous caractérise, ne sont pas près de vous oublier et conserverons intimement votre souvenir affectueux, car, vous le savez, " le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants".

Madame, nous vous exprimons à vous ainsi qu'à toute votre famille, nos condoléances les plus attristées et notre profonde sympathie.

 

 

Général (2S) Christian Poupeau
Président du comité de Rochefort-Fouras
de la société des membres de la Légion d'honneur

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