Activités 2014 - Comité La Rochelle - Île de Ré

Un émouvant hommage à Léonce Vieljeux

 

Les Rochelais viennent de rendre un émouvant hommage à leur ancien et courageux maire Léonce Vieljeux, abattu d’une balle dans la nuque par les Allemands, dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944 au camp de Struthof en Alsace.

Il y a soixante-dix ans. Léonce Vieljeux, issu d’une vieille famille cévenole, avait fait le choix des armes. Affecté comme sous-lieutenant au 123ème régiment d’infanterie de la Rochelle en 1888, il est rapidement admis dans les familles bourgeoises de la ville. Il y rencontre Hélène, fille de l’armateur bien connu Franck Delmas, qu’il épouse en 1891. Six ans plus tard, il prend un congé qui va lui permettre d’intégrer la compagnie d’armement de son beau-père. En accord avec son beau-frère, il en devient le président et donne à la société le nom de Compagnie Delmas-Vieljeux qui deviendra l’une des grandes entreprises maritimes françaises.

A La Rochelle, il se présente au conseil municipal en 1912 et en deviendra le maire, après la guerre, en 1930. Il est cependant mobilisé dès le début des hostilités et rejoint l’Argonne où il est blessé ; ce qui lui vaudra d’être cité à l’ordre de la Nation et d’être fait chevalier de la Légion d’honneur. Il rejoint sa famille en 1918 avec le grade de lieutenant-colonel et reprend la direction de l’entreprise qui ne cesse de s’accroître. Il entreprend de voyager en Afrique où seront installés plusieurs succursales et comptoirs dans lesquelles feront escale les navires de commerce et de voyageurs de la compagnie, au départ de la Rochelle et de Bordeaux.

Ce qui ne l’empêche pas de se consacrer à la vie de ses concitoyens. En 1930, comme indiqué plus haut, les Rochelais le désignent en qualité de maire dans l’espoir qu’il réglera la crise économique et sociale qui règne dans la ville. Et il y parviendra en améliorant le bien-être de ses administrés, en assainissant les finances, en construisant des logements, des écoles…Léonce Vieljeux est présent dans son bureau de l’hôtel de ville, le 23 juin 1940, lorsque les Allemands occupent la ville et qu’un de leurs lieutenants se présente pour lui intimer l’ordre de remplacer, au fait de l’édifice, le drapeau français par le drapeau hitlérien. Les historiens s’accordent pour affirmer les termes dans lesquels le maire répond à son interlocuteur : « Colonel de réserve dans l’armée française, maire d’une grande ville, mon honneur d’officier et ma dignité m’interdisent de discuter avec un officier subalterne, même s’il appartient à une armée victorieuse. Je n’exécuterai des ordres que s’ils émanent d’un officier allemand ayant un grade au moins égal au mien».

Ce qui fut fait. Quelques semaines plus tard il s’oppose à l’affichage, sur les murs de l’hôtel de ville, de documents de propagande nazie. C’en est cette fois trop, il est suspendu de ses fonctions le 22 septembre et expulsé de la ville le 17 juin 1941. Assigné à résidence à Jarnac, il en reviendra le 2 novembre suivant afin de reprendre ses activités au sein de l’entreprise familiale…mais aussi du réseau de résistance Alliance qu’il crée avec ses cousins et amis. Ce réseau s’est spécialisé dans la fourniture d’informations à destination de Londres, notamment pour ce qui concerne les activités du port de La Pallice et les faux documents pour les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) institué par les Allemands à destination des jeunes Français. C’est précisément pour avoir favorisé la fuite de deux ouvriers de l’entreprise qu’il est arrêté par la Gestapo, ainsi que son petit-fils, ses deux neveux et Joseph Camaret, ingénieur de l’entreprise, le 14 mars 1944. Ils séjourneront jusqu’au 1er septembre au quartier de Lafond à La Rochelle puis seront transférés à Poitiers, à Fresnes et internés au camp de Struthof où ils seront tués dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944 ainsi que 300 hommes et 92 femmes. Les quelques Rochelais, restés à l’intérieur de la poche, assisteront aux services funèbres célébrés au temple et à la cathédrale le 27 janvier 1945, sans que l’occupant n’intervienne.

Tous ces évènements sont rappelés, en présence d’une foule inhabituelle regroupée place de l’hôtel de ville, au pied de la stèle inaugurée en l’honneur de LéonceVieljeux le 23 juillet 1948 par le général de Gaulle. Jean-François Fountaine, maire de La Rochelle, prononce un vibrant hommage dans lequel il cite l’œuvre du disparu encore très présente. Olivier Falorni, député, évoque à son tour la puissance politique de l’homme alors que Jean-Luc Labour, président de l’Association Léonce Vieljeux, lit un magnifique poème du Rochelais Denis. Enfin, la petite-fille (cinquième génération) de Léonce Vieljeux, entourée de plusieurs membres très proches de sa famille, dit toute sa fierté d’être présente à cet extraordinaire moment de recueillement.

Béatrice Abollivier, préfète du département, le colonel Piccirillo, délégué militaire départemental, le maire, le député, Marilyne Simoné, conseillère régionale, Jean-Louis Frot, vice-président du conseil général et Jean-Luc Labour déposent ensuite une gerbe au pied de la stèle. A noter qu’au nom du Comité de La Rochelle-Île-de-Ré, Colette Chaigneau, sa présidente, accompagnée de Francis Lott, président de la section départementale, a remis elle aussi la gerbe de notre Comité qui tient à rappeler chaque année le sacrifice de ce maire exceptionnel. Parmi les autres membres de l’Ordre, étaient également présents Jocelyne Girardet-Chandouineau, présidente d’honneur de La Rochelle-Île-de-Ré, et première vice-présidente de la section 17, ainsi que de nombreux légionnaires.

Dans un respectueux silence une voix retentit pour entonner le « Chant des partisans » suivi d’une « Marseillaise » reprise ensuite par toute l’assistance. Cette cérémonie devait se terminer par le pot de l’amitié servi dans le cloître voisin des Dames blanches.

Jean Guillard

 
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