Activités 2017 - Comité La Rochelle - Île de Ré

Conférence sur la tragédie huguenote en pays charentais

 

 

C’est une assistance nombreuse qui fut accueillie chaleureusement, en ce bel après-midi du vendredi 26 janvier, par Albert AGUILERA et Mahamudi OMARI, directeur de l’École des Douanes de La Rochelle-Laleu, pour la traditionnelle réunion co-organisée par les comités La Rochelle-Ré de la SNMH et de l’ANMONM.  On reconnaissait aux premiers rangs le bureau au grand complet du comité La Rochelle-Ré,  Colette CHAIGNEAU au côté de Lucien DELESALLE, l’ambassadeur Francis LOTT, Jocelyne GIRARDET, Jean BILLAUD, les généraux Jean-Claude CARDINAL et Jacques de MARY de LONGUEVILLE, Jean-Pierre CATALA, Jean GUILLARD…  Au programme, comme de coutume, une conférence, suivie de la Galette des Rois.

Cette année, après une brève intervention de Jean-Claude SARATTE, qui dit son émotion de quitter la présidence du comité de l’ONM, c’était Didier POTON de XAINTRAILLES, historien, professeur à l’Université de La Rochelle, auteur de plusieurs ouvrages faisant référence (et notamment de « Les huguenots et l’Atlantique »), qui nous entretenait de la fuite des protestants de notre région après la révocation en 1685 de l’édit de Nantes par Louis XIV.

Histoire moins connue que celle des dragonnades cévenoles, celle de l’exode des protestants d’Aunis et Saintonge est une succession de drames, ceux de familles entières contraintes à la clandestinité puis à l’exode, par la mer, sur des embarcations de fortune (« jusqu’à de simples barques de pêcheur »), dans des conditions épouvantables. L’historien les décrivit en s’appuyant sur les quelques récits connus de ceux qui survécurent – et qui ne sont pas sans « rappeler les drames dont notre époque est encore le témoin  » (relancé sur ce sujet à la faveur du débat, le conférencier devait ajouter :

« dans une situation de tragédie, on n’arrête pas un flux »). Le récit le plus fort en est celui de Suzanne de Robillard, jeune fille de dix-sept ans, qui accompagna la fuite de ses frère et sœurs plus jeunes, et qui parle de « moments de grand sanglot ». Elle décrit le réduit où ils se trouvaient cachés, à peine aéré, scellé de goudron pour rester invisible, où l’espace ne suffisait pas à se tenir droit ; et les semaines de traversée, avec le mal de mer, le manque d’eau, l’impossibilité de se laver…  Et tout cela « sans cris ni plaintes, tout à la joie d’être hors de la tyrannie ».  

Cette révocation était d’abord l’abolition d’un droit ancestral, qui ouvrait depuis le Moyen Âge le droit pour chacun de quitter le royaume pour raisons de conscience. Bon nombre de protestants avaient pris les devants ; puis des familles durent se séparer, pour échapper à la surveillance militaire dont elles étaient désormais l’objet et aux conversions forcées, puis réussir à fuir sans se faire prendre. Des familles entières d’entrepreneurs partaient. Les armateurs de La Rochelle ne rapatriaient plus leurs bateaux ; les matelots eux-mêmes, souvent originaires de la Seudre, choisissaient de ne pas revenir, et ils  furent les éléments-clés du développement maritime et portuaire de la jeune ville de New-York. Vauban, auteur d’un « Manifeste pour le rappel des huguenots », avait souligné que cet exil alimentait les marines étrangères et privait le royaume de ses forces vives.

Les quelques récits connus livrent le détail des préparatifs très soigneux que commandait la décision de partir. Il fallait organiser la protection du patrimoine (ceux qui partaient – ou avaient tenté de partir – voyaient leurs biens confisqués) ;  rassembler l’argent qui serait nécessaire (on vendait des biens, mais sans risquer d’éveiller l’attention) ; trouver le bateau ;  décider du moment ; se prémunir contre les profiteurs, et contre les risques de dénonciation ; préparer un bagage le plus léger, et cependant suffisant (linge, et matériel de survie : du fil, des aiguilles, ciseaux et couteaux – et la Bible) ; enfin, trouver un voiturier avec ses mulets... Ils racontent aussi les nuits d’attente vaine, dans le froid et la peur, des passeurs qui manquent à leur engagement ; les familles séparées parce que la chaloupe qui devait faire plusieurs allers-retours jusqu’au bateau a renoncé avant d’en avoir terminé…  Ainsi l’exil est-il fait de drames individuels et de souffrances morales terribles, vécus par « des gens prêts à tout pour forcer le passage », comme résume l’historien. Et cela au prix de réels déchirements de conscience : ceux qui sont partis plutôt que rester et résister, ceux qui ont abjuré leur foi (ils l’ont fait en espérant le retour de la tolérance religieuse) , se trouvent tous contraints de justifier leur choix.

Étayée de tous ces témoignages, ce fut une conférence poignante, très applaudie, avant que conférencier et assistance ne se retrouvent pour partager la galette des Rois dans une ambiance très détendue.

 

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