Activités 2018 - Comité La Rochelle - Île de Ré

La Résistance à La Rochelle au cours des années 42-45

 

 

Les comités La Rochelle-Ré de la SMLH et de l’ANMONM avaient, comme chaque année, invité leurs membres, en ce vendredi 25 janvier, pour la conférence organisée conjointement en l’ÉCOLE nationale des Douanes de Laleu, et suivie de la rituelle Galette des Rois. L’invité d’honneur en était cette année Guy AUBRY, alerte personnage de 96 ans, qui raconta au cours d’un exposé sans notes, d’une limpidité remarquable et parfois d’une ironie mordante l’aventure de la Résistance à La Rochelle au cours des années 42-45, dont il fut un jeune agent fort déterminé.

Né en 1922, il était de la “classe 42”, celle qui devait être réquisitionnée pour le STO. Pour qu’il y échappe, son père - lui-même petit-fils et fils de cheminot - l’encouragea à se faire embaucher par la SNCF. Parce que le jeune Guy pouvait y disposer de conditions favorables à ce qui allait devenir son activité secrète, il accepta - lui qui voulait devenir journaliste (il le devint après la Libération) et était à l’époque pigiste auprès du journal “La France de Bordeaux et du Sud-Ouest”.

Pour que l’on comprit bien le cadre favorable qu’il allait pouvoir y trouver, Guy Aubry expliqua dans le détail la façon dont les services attachés à la gare de La Rochelle fonctionnaient - administration, ateliers d’entretien des machines... - , indépendants les uns des autres, les agents des uns ne rencontrant jamais ceux des autres, chacun travaillant dans son secteur précis.


L’atelier d’entretien où était affecté Guy se trouvait de surcroit tout au fond, à l’écart des autres installations. La tâche 24 heures sur 24, « dure, précise », s’y exerçait en huis clos. Les roulants travaillaient de la même façon, en autonomie totale. « Il leur fallait des bras, une tête bien faite, une résistance physique à toute épreuve », pour surveiller en tous instants le profil de la voie et ses signaux, pour supporter froid glacial, vent violent ou soleil cuisant, et les escarbilles dans les yeux. Hors du travail, techniciens et roulants vivaient encore à l’écart, dans des corons (ce mot qui signifie “tout au bout”), construits dans ce qui est devenu le quartier de Tasdon, « rien à voir avec le Tasdon d’aujourd’hui, un village hors les murs, de mauvaise réputation : pas un rochelais n’aurait eu l’idée saugrenue d’aller s’y promener en famille ».

Tous ces cheminots vivaient donc dans un monde à part, toujours seuls, au rythme que vivaient leurs machines. « Idéal puisqu’il s’agissait de passer inaperçus, pour mener des actions secrètes ». Et Guy Aubry de préciser : « c’est grâce à ces hommes-là que j’ai pu faire ce que j’ai fait ; sans eux, c’eut été impossible ». Souvent, il s’agit de sauver des aviateurs de la RAF, perdus en territoire hostile, sans repères ni contacts, et recherchés par des patrouilles munies de chiens. Ce sont ces hommes de la SNCF, silencieux et secrets, qui les cachaient dans les dépôts de locos, puis à bord de leurs machines, pour les conduire jusqu’aux côtes de la Manche, de refuge en refuge, sans parler : « c’était ça la Résistance, chacun ne savait que le petit bout de chemin qu’il avait à faire ».

Pour évacuer ces hommes qu’il fallait protéger, on choisissait le petit matin, juste avant l’embauche, pour se mêler aux vélos qui envahissaient les rues. Il fallait surtout ne pas risquer de se faire interpeler. On préférait aussi les jours de mauvais temps, où la surveillance se relâchait. Et ainsi, entre nuit et jour, cette troisième silhouette en bleu de chauffe qui s’ajoutait au tandem mécano- chauffeur passait inaperçue (d’autant plus qu’on embarquait parfois un apprenti). « Guider ces anglais perdus, c’était mon travail ». Et Guy Aubry d’ajouter, sans que son auditoire s’y trompe : « rien d’héroïque dans tout ça, juste une question d’organisation — et de camaraderie ». Question d’un peu de chance, sans doute aussi, comme le montrera l’épisode final, quand apparait dans le récit la figure d’Émile Normandin, un des héros rochelais de la Résistance. Il était l’adjoint d’un contremaître de l’atelier d’entretien, “taiseux” comme chacun. Et pourtant suspect aux yeux de la police de Vichy, arrêté à plusieurs reprises et chaque fois relâché. Jusqu’à cette soirée où Guy devait le rejoindre chez lui, « à la débauche ». « Il fallait se dépêcher parce que dans la famille, on passait à table à heure dite et au complet ». Mais, en route, le jeune homme croise deux jolies jeunes filles, se retourne, et fait « une sortie en voltige », pour se retrouver presque dans les bras... de gendarmes allemands, « de ceux, en fin de carrière, qu’on appelait les territoriaux ». Deux gendarmes plutôt bienveillants, qui laisseront enfin repartir le garnement. Qui, bien en retard, arriva au domicile d’Émile Normandin juste à temps pour le voir embarqué, encadré par des SS, dans la Traction noire garée devant. « S’il n’y avait eu les deux jeunes filles à qui compter fleurette - et les gendarmes -, j’aurais été cueilli en même temps qu’Émile ». Émile Normandin, déporté en 43 et qui ne revint jamais.

Cette émouvante conférence d’un vieux monsieur qui fut un très brillant conteur (accompagné par le colonel Philippe Marion) fut chaleureusement applaudie par une assistance où l’on pouvait  notamment reconnaître Colette Chaigneau, Jocelyne Girardet, Georgine Lafontaine, Annie Le Nouën, les présidents Lott, Aguilera, Delesalle et Ancel (pour l’AMOPA), les généraux Cardinal et de Longueville, Jean Billaud, Pierre Magnère, Jean Guillard, Raymond Robinel, Gérard Marieau, ainsi que Christiane Gachignard et Maître Alain Moreau, représentant l’Académie des Belles-Lettres de La Rochelle.

 
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